Dakota Jenkins

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« ça rate, ça rêve, ça rit »
par Ariane Chottin et Camilo Ramirez

 


Article publié par L’Humanité, jeudi 11 avril 2019 : « Évolution des horaires, refonte des programmes. Quel intérêt y a-t-il à préserver Marx et Freud dans l’enseignement au lycée?   »

 

Rappel des faits. Des voix s’élèvent pour dénoncer l’amoindrissement et l’affadissement des notions de travail et d’inconscient, bien présentes jusqu’ici. – Nicolas Dutent, Ariane Chottin, Camilo Ramirez, psychanalystes, membres de la Cause freudienne, directrice et président de l’association ParADOxes.

 


À parADOxes (1), les adolescents que nous recevons sont pris dans les trébuchements de la vie : aimer, apprendre, choisir, peut tour à tour enflammer, brûler ou éteindre. Pas de mode d’emploi pour faire avec l’énigme du sexe et de la mort, avec la poussée du désir et l’inquiétante étrangeté de la jouissance qui surgissent à l’adolescence. Embarras, détresses, perplexité et traumas se disent pour chacun autrement, et l’espace des consultations que notre centre leur propose ouvre un accueil inédit à leurs maux et leurs mots : avec la psychanalyse qui en est la boussole, ils y font l’expérience d’une écoute de leur subjectivité à nulle autre pareille.

 

Si les textes de Freud peuvent sembler anciens, les lire à cet âge de la vie reste une découverte toujours contemporaine. Parmi d’autres enseignements, découvrir l’inconscient, c’est une trouée : une surprise et une joie ! Le rébus des rêves, des lapsus, des actes manqués, de toutes ces formations de l’inconscient qui jalonnent le quotidien s’allument tout à coup, comme balises et phares la nuit, au bord de l’eau sombre. C’est l’horizon de n’être plus seul avec son symptôme, de pouvoir désenchevêtrer ces rets invisibles qui étouffent et angoissent.

 

Comment l’enseignement pourrait-il s’en passer ? Comment se passer de transmettre cette découverte freudienne qui a bouleversé si profondément le rapport au savoir et transformé la lecture des trois R, relevés par Lacan, « ça rate, ça rêve, ça rit » (2), en leur donnant une épaisseur nouvelle ?

 

Lorsque sa transmission est vivante, la psychanalyse se distingue d’autres savoirs rencontrés par les jeunes lycéens, par sa façon de percuter leur corps. Jacques Lacan, commentant la définition de la médecine proposée par Éryximaque dans Le Banquet de Platon, affirme qu’elle est aussi la meilleure que l’on puisse donner de la psychanalyse : une science des érotiques du corps (3) ! La première rencontre avec l’œuvre de Freud peut s’avérer lumineuse, révélatrice, de véhiculer en elle une version de la vérité qui s’incarne et résonne avec l’intimité de chacun, à un moment où les jeunes s’avancent dans le vertige des premières rencontres avec d’autres corps.

 

Découvrir l’articulation serrée de cette Autre scène qu’est l’inconscient au moment où s’éveille la scène de la vie amoureuse et les émois d’une sexualité frémissante est essentiel. Ici, la force de la psychanalyse est de mettre au centre de son élaboration, cette brèche qui sépare les parlants sexués les uns des autres, cette inéliminable altérité du partenaire que chacun tente d’aborder, suivant sa voie et sans filet. La psychanalyse a beau avoir été forgée à Vienne à la fin du XIXe siècle, elle parle toujours et encore de la même chose dans la bouche de chacun de ceux qui osent son expérience : comment chacun invente sa propre passerelle pour aborder le mystère de l’Autre, son réel irréductible. Comment chacun y répond avec son symptôme ou avec l’appui du bien dire, par une invention de son cru. « Ne méprisons donc pas les petits signes, disait Freud : ils peuvent nous mettre sur la trace de choses plus importantes. » (4)

 

De cela nul programme ne peut être amputé, nulle génération ne doit être privée.

 

 

1 : ParADOxes est une association membre de la Fédération des Institutions de Psychanalyse Appliquée (FIPA) qui accueille des adolescents de 11 à 25 ans pour des consultations psychanalytiques gratuites et limitées dans le temps, ainsi que des ateliers d’écriture individuels ou en petits collectifs (paradoxes-paris.org) 2 : Lacan J., Mon enseignement, Seuil, Paris, 2005, p. 100. 3 : Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre VIII, Le transfert, Paris, Seuil, 2001. 4 : Freud S., Introduction à la psychanalyse (1923), Paris, Petite bibliothèque Payot, 2001, p. 37.

 


Article initialement paru dans le journal L’Humanité et sur son site, jeudi 11 avril 2019, dans le dossier coordonné par Nicolas Dutent « Évolution des horaires, refonte des programmes. Quel intérêt y a-t-il à préserver Marx et Freud dans l’enseignement au lycée?   », où d’autres voix s’élèvent : Jean Quétier, ater de philosophie, membre du Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine. Florian Gulli, professeur de philosophie. Jean-Numa Ducange, codirecteur d’Actuel Marx (PUF), maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Rouen-Normandie.