Dakota Jenkins

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Le psychanalyste n’est pas celui qui obtient un diplôme et qui, par cette obtention, distribue ses cartes de visite. Effectivement, la formation du psychanalyste n’est pas un apprentissage, une initiation ou un parcours universitaire donnant accès à un statut et à une fonction, mais c’est essentiellement une expérience menée jusqu’à son terme. C’est seulement par le biais de sa propre expérience analytique en tant qu’analysant, que le psychanalyste peut se faire responsable de l’acte analytique.

 

C’est pour cela que Jacques Lacan a institué « la passe », afin qu’un analysant puisse rendre compte de son parcours analytique, et, qu’il puisse la formaliser dans un savoir qui vaille pour les autres. Il s’agit, pour celui ou celle, qui porte le désir d’être analyste : « d’y confronter ce qu’il tient de sa propre analyse »(1). La passe est une procédure post-analyse où deux « passeurs » d’une école analytique recueillent le témoignage du « passant », et, font part de ce qu’ils ont entendu à un jury, rassemblé à cette fin, pour vérifier la mutation subjective propre à cette expérience du passage du psychanalysant au psychanalyste(2).

 

Devenir psychanalyste, c’est également se vivifier de l’enseignement psychanalytique. Ce dernier se transmet actuellement à l’université Paris 8 (masters et doctorat), mais aussi dans les diverses écoles psychanalytiques européennes et mondiales. De la fin du XIXe siècle à nos jours, cet enseignement se construit aucunement comme un savoir figé, mais comme un savoir en mouvement. Il est évident que le psychanalyste est celui qui œuvre pour se munir et se situer dans le savoir de cette doctrine riche de plus d’un siècle.

 

De plus, le psychanalyste pratique le « contrôle » dans son parcours post-analyse : où un jeune analyste rencontre un analyste confirmé afin d’échanger sur sa pratique. Le contrôle n’est pas une obligation, ni même ce qui permet d’être psychanalyste, mais il est une conséquence de l’engagement dans la psychanalyse. En effet, être analyste relève d’un désir mais également d’une responsabilité personnelle et sociale. Finalement, pour celui qui se veut praticien de la psychanalyse, le contrôle vient en continuité naturel de l’engagement (3).

 

C’est donc à partir de son parcours en tant qu’analysant, de sa vivification de l’enseignement psychanalytique, mais aussi par son chemin post-analyse, que le psychanalyste sait ce qu’est une cure analytique. C’est fondamentalement et seulement grâce à ce cheminement qu’il peut appréhender ce qui travaille le savoir de l’inconscient. Plus exactement, le savoir de son inconscient qui est la juste mesure pour accueillir le savoir d’un autre inconscient. Le psychanalyste a parcouru le déchiffrage du sens de son symptôme, accompagné d’un fantasme et d’une exigence de satisfaction. Son expérience analytique lui permet de reconnaître ce que renferme un symptôme, là où se situe la matière même de l’inconscient. C’est par ce savoir, que l’analyste peut accueillir le non-savoir de l’analysant, c’est-à-dire, le message crypté dont il est porteur.

 

Cependant, le psychanalyste n’est pas dans une position de maître, il ne cherche pas à maîtriser ce que l’analysant va dire. Il n’est pas non plus en position de supériorité, dictant au patient ce qu’il est, et, ce qu’il doit faire. Il ne se positionne pas en tant que savant qui détiendrait en avance la solution du symptôme de celui qu’il écoute. Par son expérience, l’analyste sait qu’il ne sert strictement à rien de dire à la place de l’autre. La reconnaissance d’une vérité inconsciente ne peut être admise que si elle vient du sujet lui-même. Par contre, le psychanalyste est celui qui croit que la parole d’un autre veut dire quelque chose. Il permet, à celui qui parle, d’écrire les blancs, les trous qui ont une opacité pour lui. Le psychanalyste crée le désir de savoir quelque chose sur soi qui ne se sait pas. Il laisse l’analysant parler et lui donne envie de parler, il laisse la parole s’avouer elle-même. C’est par son écoute flottante, que l’analyste ponctue les séances afin de faire émerger des résonances et des effets de signification. On pourrait dire que le psychanalyste est un compagnon de recherche (4), qui sait que le désir du sujet n’est que le désir de l’Autre(5).

 

Pour toutes ces raisons énoncées ci-dessus, le psychanalyste n’est pas un guide. Il n’est pas celui qui marche devant, celui qu’on suit, celui qui connaît le chemin. Il ne connaît pas en avance le chemin du savoir de l’inconscient du patient. Il ne connaît pas la trajectoire que va parcourir celui qu’il accompagne. En revanche, le psychanalyste met sur les voies d’accès au savoir, ouvre les voies et permet l’accès. Là où il y a un obstacle, un barrage, une inhibition, son action a pour effet d’ouvrir ce qui est fermé. Pour cela, il ne se tient pas devant comme un guide, il est même plutôt derrière et pousse avec son désir.

 

E.Gutierrez-Ruisanchez

 

Notes et références :

 

    • (1) Jacques Lacan, « Peut-être à Vincennes », Autres écrits, p 313.

    • (2) Cartel ECF avec Rose-Paule Vinciguerra, Qu’Est-ce qu’un psychanalyste?(2) – site : www. causefreudienne.net, (lectures théoriques).

    • (3) Danièle Levy, « Le contrôle s’impose », rédaction d’un exposé fait lors de la journée de l’AIHP (Association internationale d’histoire de la psychanalyse), le 26/11/2009.

    • (4) Jacques Lacan, Séminaire livre VIII, Le transfert, Seuil, 1991, p 314.

    • (5) Jacques Lacan, Séminaire livre VI, Le désir et son interprétation (1958/1959), Le champ Freudien, 2013.

    • Dessin de l’article : Royston, roystonscartoons.com.