Dakota Jenkins

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Quand la conscience veut exclure de sa réalité une parole, un désir ou encore un événement, c’est pour s’en défendre. C’est en effet contre quelque chose qui provient de l’extérieur ou de l’intérieur que notre conscience entre en conflit avec ce qu’il lui est insupportable. C’est parce que cette parole, ce désir ou encore cet événement ne trouve pas à se symboliser au moment où il surgit dans la réalité, que notre psychisme fait appel à un mécanisme pour s’en dépatouiller. Cette arme secrète, que la psychanalyse nomme le refoulement, permet à ce qui ne peut être parlé, d’être oublié de la conscience ou plus justement, d’être refoulé. Attention, il est faux de penser que le refoulement s’égale à l’oubli, à la perte de la signification en jeu. Notre système psychique est bien plus ingénieux que cela !

 

Effectivement, ce qui a disparu de notre conscience a des effets dans un autre espace psychique : L’inconscient. Le mécanisme du refoulement ne détruit pas l’événement traumatique. Il n’existe pas dans notre système psychique un bouton qui permettrait d’anéantir chaque trauma et d’en être, une fois pour toute, débarrassé. Non, le refoulement est celui qui permet à l’inconscient d’entrer en scène. Celui-ci accueille l’événement insupportable et le prend en charge si l’on peut dire. Seulement voilà, ce n’est pas une prise en charge silencieuse, muette et sans conséquence. Le refoulé ne va pas paisiblement s’endormir à jamais, mais il va continuer d’agir sur le sujet. Ah oui, mais comment ? 

 

L’inconscient a plus d’un tour dans son sac pour permettre à ce qui a été refoulé de s’exprimer et de se faire entendre : le symptôme, le rêve, le lapsus, le mot d’esprit, l’acte manqué, la répétition sont les substitutions de ce qui ne pouvaient pas exister dans la réalité de la conscience. Par ces déguisements, le refoulé agit et se dit sans se faire reconnaître de celle qui l’a exclu. 

 

De plus, le temps de l’inconscient ignore le temps de la réalité ! C'est à dire, le plus souvent les choses que nous refoulons appartiennent à la période de l’enfance, mais ce que la pratique analytique constate, c’est que chaque élément refoulé, sous son déguisement, est toujours aussi vif dans le présent de l’adulte. On pourrait croire comme dans la chanson de Léo Ferré, qu’« Avec le temps va tout s’en va », que de l’enfance à l’âge adulte, le fait insupportable pourrait lui aussi s’effacer peu à peu et pourquoi pas s’évanouir. Or, avec le temps, le refoulé lui ne s’en va pas, ne s’estompe pas, il mène sa vie et sa danse costumée sans se soucier du temps qui passe. Avec le temps, tout reste identique au lieu de l’inconscient ! Le refoulé ne vieillit pas, il garde toute sa jeunesse et même si la conscience ne le reconnaît pas, il apporte souffrance et désagrément au quotidien. Comme le disait Sigmund Freud, « l’inconscient ignore le temps, il est même hors-temps ». Alors cela signifie t-il que nous sommes destinés à vivre avec ce hors-temps qui tape à notre porte sans pouvoir y faire quelque chose ?

 

L’expérience analytique permet de faire surgir ce qui est hors-temps. Se lancer dans une analyse, c’est donner la possibilité à ce temps qui n’a pas d’âge de trouver un ancrage. La parole en analyse est amenée à repérer ce qui a construit ce hors-temps. Il s’agit de permettre à une dimension de son histoire, de passer du statut du hors-temps au statut temporalisé. Il est donc question que l’analysant s’arrache du hors-temps(1), par le biais de sa parole et de celui qui l’écoute.

 

Le dispositif analytique permet à l’analysant de donner une place dans le présent à ce qui appartient au hors-temps de l’inconscient. Ce dernier se manifeste dans la séance analytique comme une collusion entre un morceau du passé et une parole du présent. En psychanalyse, il n’est pas question d’aller du passé vers l’avenir, mais à contrario, de l’avenir vers le passé, et, on s’intéresse dans le passé à l’avenir du traumatisme. C’est dans un mouvement d’après coup que l’inconscient s’attrape et résonne.

 

On peut alors comparer le psychanalyste à un historien. Il est celui qui s’intéresse aux traces du passé dans le présent de celui qu’il écoute. En revanche, le psychanalyste n’arrache pas l’analysant à son hors-temps. C’est-à-dire, qu’il respecte le temps du sujet à découvrir ce hors-temps, et, il sait que l’inconscient de son patient ne doit pas être révélé par lui, mais fondamentalement par le sujet lui-même. Le psychanalyste ponctue, interprète, scande la parole de celui qu’il écoute afin de lui permettre de re-construire ou de construire sa propre histoire. La mise en récit a pour effet de délivrer d’un déterminisme du passé. Par la reconnaissance et la symbolisation, le hors-temps trouve une place et se fait autre dans la réalité de celui qui parle.

 

Dans une thérapie analytique, il faut savoir se donner du temps et le temps qu’il faut pour que son hors-temps trouve à se temporaliser.

 

E.Gutierrez-Ruisanchez

 

Notes et références :

 

  • (1) J-A Miller, cours 1999/2000 « Les us du laps ».

  • Sigmund Freud, La technique psychanalytique, Remémoration, répétition et perlaboration (1914), Puf, Paris.

  • Jacques Lacan, Écrits 1, Le temps logique et l’assertion de certitude anticipée (1945), Points, Paris, p.195-210.

  • Jacques Lacan, Écrits 1, Fonction et champ de la parole et du langage (1953), Points, Paris, p.235-320.

  • Clotilde Leguil, cours universitaire à Paris 8, 2016/2017, « Au delà de la psychologie ».

  • Image de l’article : ISA, site Flick.com